Comprendre les effets des bisphosphonates sur la vascularisation oro-faciale
Un contexte clinique et scientifique encore mal élucidé
Les bisphosphonates sont largement utilisés en oncologie pour limiter la survenue de métastases osseuses, notamment grâce à leur effet anti-angiogénique. Cependant, ce mécanisme thérapeutique peut également contribuer au développement des ostéo-chimio-nécroses des maxillaires (OCNM), une complication grave dont la pathogenèse reste partiellement comprise.
Le projet porté par la Pre Francesca Mangione vise à analyser précisément l’impact de ces traitements sur la vascularisation maxillo-mandibulaire, élément clé des processus de cicatrisation et de régénération osseuse.
Un projet de recherche fondé sur une imagerie de pointe non invasive
L’angiographie-CBCT au cœur de l’étude
L’étude repose sur l’utilisation d’une angiographie par Cone Beam Computed Tomography (CBCT) à haute résolution, spécialement adaptée à la sphère oro-faciale. Associée à une analyse d’image avancée, cette technique permet une exploration tridimensionnelle fine, non destructive et non invasive de la vascularisation osseuse.
Le protocole prévoit l’évaluation des effets du zolédronate sur la néo-angiogenèse dans un modèle préclinique porcin d’ostéo-chimio-nécrose, choisi pour sa proximité anatomique et physiopathologique avec l’humain. Cette approche permet un suivi longitudinal précis des altérations vasculaires et de leur influence sur la régénération osseuse.
Une innovation méthodologique à fort potentiel translationnel
L’angiographie-CBCT constitue une avancée majeure en recherche préclinique. Déjà reconnue comme méthode de référence en imagerie vasculaire intracrânienne, elle est ici réadaptée et validée pour l’étude de la vascularisation mandibulaire.
Cette technologie permet notamment :
l’analyse du volume vasculaire,
l’évaluation de la densité et de la morphologie des vaisseaux,
le suivi dynamique des processus angiogéniques dans des situations pathologiques complexes.
En appliquant cette méthode à l’étude des OCNM induites par les bisphosphonates, le projet ouvre la voie à une meilleure compréhension des mécanismes vasculaires impliqués et à l’identification de nouvelles cibles thérapeutiques. Son potentiel de transposition clinique en médecine orale et maxillo-faciale est particulièrement prometteur.
Quels impacts pour la santé des patients ?
Vers une meilleure prévention des ostéo-chimio-nécroses
La prévention de l’ostéonécrose des maxillaires liée aux bisphosphonates (ONMB) constitue un enjeu majeur pour les patients oncologiques. En l’absence de traitement curatif pleinement efficace, une compréhension approfondie des mécanismes physiopathologiques est indispensable pour améliorer la prise en charge.
L’intégration de techniques d’imagerie avancée dans des modèles précliniques proches de l’humain permettra :
d’affiner les stratégies de prévention ciblée,
de réduire l’incidence des complications,
d’optimiser l’utilisation des bisphosphonates en pratique clinique.
Des bénéfices à court, moyen et long terme pour les patients
À court terme, l’étude contribuera à mieux caractériser les mécanismes anti-angiogéniques responsables de la diminution de l’irrigation sanguine et des troubles de la régénération osseuse.
À moyen terme, les résultats permettront :
l’identification de marqueurs de risque,
l’élaboration de protocoles de prévention adaptés (ajustement des durées de traitement, pauses thérapeutiques, recommandations pré-chirurgicales),
l’évaluation de nouvelles approches thérapeutiques, telles que des agents pro-angiogéniques ou favorisant la cicatrisation osseuse.
À long terme, ces avancées ouvriront la voie à des traitements ciblés, à une révision des indications thérapeutiques et à une amélioration significative de la qualité de vie des patients, en réduisant la fréquence et la sévérité des ostéo-chimio-nécroses et de leurs conséquences physiques et psychologiques.
Une recherche au service de la pratique clinique de demain
En combinant innovation technologique, modèle préclinique pertinent et enjeux cliniques majeurs, ce projet de recherche clinique offre une double opportunité : approfondir la compréhension scientifique de l’ONMB et transformer durablement sa prise en charge.
Il s’inscrit pleinement dans l’ambition du Prix Sauver la Vie : soutenir des travaux capables d’avoir un impact concret et durable sur la santé des patients.