Au service des patientes : mesurer la qualité de vie grâce aux PROMS
Le service de Chirurgie Cancérologique Gynécologique et du Sein prend en charge chaque année plus de 500 nouveaux cas de cancer du sein. Au-delà de la survie, la qualité de vie des patientes est devenue une priorité.
Le Dr Koual travaille depuis deux ans avec le Dr Huyen-Thu Nguyen-Xuan sur la mise en place de PROMS (Patient-Reported Outcome Measurement), qui permettent de mesurer l’impact réel des soins sur le quotidien des patientes. Cette approche s’inscrit dans le concept de value-based health care, où la satisfaction et le bénéfice pour le patient deviennent des indicateurs clés du succès thérapeutique.
Le projet
Le projet consiste à recueillir les PROMS avant et après la chirurgie, puis au fil du suivi post-opératoire. Les patientes volontaires répondent à des questionnaires via une plateforme sécurisée, avec l’aide du personnel hospitalier, à différents moments de leur parcours : avant la chirurgie, six mois après, puis chaque année.
Les données sont ensuite analysées pour évaluer la valeur des soins perçue par les patientes, croisée avec les données cliniques telles que le type de cancer et les traitements réalisés. Cette méthodologie repose sur une collaboration étroite avec le département informatique de l’hôpital et bénéficie du soutien du Dr Virginie Garnier, chargée de projet Value-based Health Care à l’APHP.
Une approche innovante
Le cancer du sein ayant un pronostic globalement favorable, les traitements peuvent néanmoins affecter la qualité de vie physique, psychologique et sexuelle. Le recueil systématique des PROMS est encore rare en France, et ce projet permet de mettre la patiente au centre de sa prise en charge, en offrant des indicateurs objectifs pour guider les décisions thérapeutiques.
Au laboratoire : le rôle des polluants dans la progression du cancer du sein
Au sein du laboratoire INSERM 1124 (Toxicologie, pharmacologie et signalisation cellulaire, équipe METATOX), le Dr Koual s’intéresse à l’impact des polluants organiques persistants sur le développement et la progression du cancer du sein.
Objectif de recherche
Alors que de nombreux polluants chimiques sont reconnus comme perturbateurs endocriniens, l’équipe a émis l’hypothèse que ces substances pouvaient également favoriser la progression tumorale et le développement des métastases.
Résultats clés
Une étude clinique menée sur une centaine de patientes a montré que la présence de dioxines et de polychlorobiphényles dans le tissu graisseux était associée à un risque accru de métastases ganglionnaires et à la taille de la tumeur, surtout chez les patientes en surpoids.
En parallèle, un modèle expérimental de co-culture avec tissu adipeux a révélé que l’exposition à la dioxine modifiait la morphologie des cellules cancéreuses, leur conférant des caractéristiques de cellules souches, associées à la formation de métastases.
Étapes suivantes
Grâce au financement Sauver la Vie, des analyses transcriptomiques sont en cours pour identifier des biomarqueurs d’exposition aux polluants et leur lien avec le risque de métastases. Les études expérimentales se poursuivent sur différents polluants, comme fumée de cigarette, acrylamide ou additifs alimentaires, et explorent les mécanismes biologiques impliqués, notamment via la bioinformatique et les AOP (Adverse Outcome Pathways) pour formaliser les liens entre exposition et effets indésirables.
À la faculté : sensibiliser les étudiants aux risques environnementaux
En tant qu’enseignante à l’Université Paris Cité, le Dr Koual a développé avec son équipe un programme de formation des étudiants en médecine sur la santé environnementale.
Création de 10 vidéocapsules pédagogiques sur les liens entre environnement et santé, toxicologie et cancer du sein.
Programme co-construit avec les étudiants et diffusé via le MOOC Learning Planet Institute.
Objectif : que les futurs médecins comprennent l’impact des polluants et expositions environnementales sur la santé humaine.
Quel est l’impact sur la société civile ?
L’ambition d’un projet comme celui-ci est de mettre le patient au centre de sa prise en charge en redonnant du sens et de la valeur aux soins. Il s’agit de privilégier des indicateurs objectifs de qualité fondés sur les résultats. Ce besoin de retour d’évaluations des résultats sur plusieurs années portant sur les bonnes pratiques et la pertinence des soins est une demande des associations de patients, motivée par le souhait d’obtenir une meilleure transparence.
Une démarche globale : clinique, recherche et enseignement
Le parcours du Dr Meriem Koual illustre une approche complète de la santé :
Clinique : placer les patientes au centre de la prise en charge via les PROMS, améliorer la qualité de vie.
Recherche : explorer le rôle des polluants dans le cancer du sein et ses métastases.
Enseignement : former la nouvelle génération de médecins aux enjeux environnementaux.
Son travail contribue à mieux comprendre les interactions entre environnement, traitements et qualité de vie, tout en promouvant une médecine centrée sur le patient et basée sur des preuves.
Références
1 – Koual M, Cano-Sancho G, Bats A-S, Tomkiewicz C, Kaddouch-Amar Y, Douay-Hauser N, et al. Associations between persistent organic pollutants and risk of breast cancer metastasis. Environ Int. 2019;132:105028.
2 – Koual M, Tomkiewicz C, Guerrera IC, Sherr D, Barouki R, Coumoul X. Aggressiveness and Metastatic Potential of Breast Cancer Cells Co-Cultured with Preadipocytes and Exposed to an Environmental Pollutant Dioxin: An in Vitro and in Vivo Zebrafish Study. Environ Health Perspect. 2021 Mar;129(3):37002.
3 – Adverse outcome pathway from activation of the AhR to breast cancer-related death.
Benoit L, Jornod F, Zgheib E, Tomkiewicz C, Koual M, Coustillet T, Barouki R, Audouze K, Vinken M, Coumoul X.Environ Int. 2022 May 28;165:107323. doi: 10.1016/j.envint.2022.107323.